Meve's profileJay's WW2 blogPhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    January 07

    Des camps de concentration aux USA

    CAMPS DE CONCENTRATION AUX USA

     

     

    Le sujet peut paraître étrange. Pourtant, les Etats-Unis d’Amérique ont créé durant la seconde guerre mondiale un ensemble de camps de concentration pour regrouper et détenir les américains d’origine japonaise et les immigrants japonais.

     

    Cet état de fait est connu mais on en parle peu. Pourtant le pays des libertés enferma non seulement  des citoyens étrangers qui n’avaient pas obtenu la nationalité, mais également ses propres citoyens, d’ascendance japonaise.

     

    Ceci peut choquer, mais pourtant ces camps existèrent. La raison de leur création était essentiellement préventive. Cela signifie que pour éviter le sabotage et l’espionnage, on préféra interner des milliers de familles.

     

    Pour rappel, c’est le même principe qui fait que les juifs furent enfermés en Allemagne. Le principe était que, dans l’esprit parano-sociopathe de leurs futurs assassins,les juifs constituaient une menace contre l’état, mieux valait les enfermer avant qu’ils ne passent à l’action. Même s’ils étaient innocents, mieux valait que ces pauvres bougres soient enfermés avant de devenir des criminels. Il en allait de même pour les contestataires, les communistes, les philosophes,… enfin toutes personnes pouvant un jour s’opposer au régime. Du moins, c’est l’argument qui était présenté.

     

    Mais là s’arrête la similitude. Si ces américains d’origine japonaise étaient des américains loyaux, enfermés « pour la cause », ils n’eurent pas à supporter ce que les victimes du régime nazi eurent à subir.

     

    En effet, le terme « camp de concentration » est depuis la deuxième guerre mondiale, synonyme de massacre, d’holocauste, de bassesse humaine appliquée sur des humains. Aujourd’hui, ce terme évoque inévitablement souffrance et mort à cause de l’industrie meurtrière d’un régime dictatorial administré par l’engeance de l’humanité.

     

    Or originellement, le terme concentration n’a rien d’aussi effrayant et péjoratif.

     

    Tournons-nous vers le dictionnaire pour une définition précise.

    ·         La concentration est l’Action de réunir en un centre ou sur un point (idée de direction) ce qui est primitivement dispersé; état de ce qui est ainsi réuni.

    ·         Camps de concentration : Camps qui, dans certains régimes, servent de lieux de détention des prisonniers de guerre, des adversaires idéologiques ou, parfois même, de populations civiles qui inquiètent ou gênent le pouvoir.

    ·        

    Sous l'Allemagne nazie Synonyme  de camps d'extermination

     

    Mindoka relocation center. Un groupe de déplacés devant leur baraque

    On le voit donc, la concentration appliquée à une ethnie ou une communauté est l’action de réunir une ensemble de personnes appartenant à un groupe ethnique, géographiquement séparées, en un seul endroit afin de les contrôler. Du moins sous une démocratie. Sous une dictature, les choses tournent beaucoup plus mal.

     

    Une preuve s’il en faut que la démocratie, même si elle n’est pas parfaite est un bien meilleur système politique.
    Disons que si la démocratie n’est pas le meilleur système de gouvernance, elle est de loin la moins mauvaise.

     

    Franklin Delano ROOSEVELT

    Mais trêve de tergiversation politico-philosophique et revenons-en à notre sujet car après tout, il s’agit d’une injustice et d’une atteinte à la liberté de citoyens qui n’avaient rien fait, liberté garantie par la constitution. Car même si les occupants de ces centre de relocation (la dénomination officielle était centre de relocation et pas camp de concentration) ne subirent pas de mauvais traitement, si la pratique de leur culte était garantie, si des écoles assuraient l’éducation de leurs enfants, si les soins étaient assurés par des antennes médicales, même si chaque famille avait son propre « logement » (nous le verrons on ne peut pas vraiment appeler sa un logement) … , il s’agit d’une privation de liberté injustifiée, d’un enfermement sous surveillance militaire, entre des barbelés qui causa la banqueroute de plusieurs familles qui n’avaient à ce reprocher que leur ascendance raciale.

     

    Affiche avertissant les personnes d’ascendance japonaise de la relocation

    Les camps de relocation furent créés par le Président Franklin Delano ROOSEVELT. Le 19 février 1942, il signa l’ordre exécutif n° 9066 qui décrèta que l’Etat-major général peut décréter des zones de restriction où une ethnie ou une communauté pourrait  agir contre des cibles  potentielles, cibles pouvant être espionnées ou sabotées.

     

    Par cet acte, il permet de consigner des personnes appartenant à un groupe ethnique pour prévenir tout risque de sabotage et d’espionnage. Cette décision étant prise par les responsables militaires

     

    Dans la foulée il signe l’exécutif order n° 9012. Par cet acte, il décrète la création du War Relocation Authority. Une agence civile chargée de gérer la relocation et l’internement des personnes d’ascendance japonaise.

     

    Un ordre exécutif est une sorte de mesure d’urgence pour le Président. Prévue dans la constitution, cela existe pour permettre au Président d’assurer la continuation de lois particulières lors d’événements particuliers. Beaucoup critiquent cette possibilité offerte au Président et y voit un trop grand pouvoir.

     

    Il y eut bien-sûr de grands opposants à ces actes, et non des moindres, Eleanor Roosevelt elle-même, J. Edgar HOOVER qui n’était pourtant pas un grand défenseur des droits civiques,  Milton S. EISENHOWER, le propre boss du War Relocation Authority. Il écrivit dans une lettre : “when the war is over and we consider calmly this unprecedented migration of 120 000 people, we as Americans are going to regret the unavoidable injustices that we may have done.”

     

    Mais rien n’y fit, et ROOSEVELT continua le projet et l’armée, dans l’ouest des USA, décida de déplacer les Japonais vivant sur toute la côte Ouest et en Arizona. (Cfr photo ci-contre : les instructions émanent du commandement militaire de la zone géographique de l’Ouest.)

     

    En fait, l’executive order n° 9066 ne concernait pas que les Japonais, il concernait toutes les ethnies

    originaires des pays contre lesquels les USA étaient en guerre, y compris les Italiens et les Allemands. Mais vu la proportion de ces communautés dans la population des USA, cel aurait posé un très gros problème. Pour rappel, 40 % de l’armée des USA étaient constituées de personnes d’origines allemands.

     

    Le gros  problème pour l’Etat-major américain était une grosse crainte d’une invasion de la côte Ouest par les Japonais. Les différences culturelles, la non compréhension due à la différence de langage créèrent une crainte de collaboration de la population japonaise avec leur pays d’origine au sein des hautes sphères.

     

    Il fut donc décidé de restreindre l’accès à tous les états de l’ouest et à l’Arizona du Sud aux personnes d’ascendance japonaise.

     

    10 sites furent choisis pour implanter les centres de relocation pour Japonais évacués :

    ·        

    Gila River, Arizona

    ·         Granada, colorado

    ·         Heart Mountain, Wyoming

    ·         Jerome, Arkansas

    ·         Manzanar, Californie

    ·         Mindoka, Idaho

    ·         Poston, Arizona

    ·        

    Topaz, Utah

    ·         Tule Lake, Californie

    ·         Et Rohwer, Arkansas.

     

     

    Centre de relocation de Gila River

    Il faut bien comprendre que les mesures prises sont 1/  la restriction de certaines zones pour une catégorie de personne et 2/ leur évacuation et leur prise en charge si ces personnes ne migraient pas vers des zones non restrictives. Les personnes évacuées avaient donc la possibilité de s’installer dans les états du centre ou de l’Est des USA.

     

    Cependant peu d’entre eux avaient la possibilité de migrer vers cette région, aucune connaissance, peu de moyens, crainte d’être isolés… Certains après avoir choisi cette option préférèrent même revenir vers les centres après avoir été malmenés par des américains n’acceptant pas la présence de Japonais.

     

    Le nombre de personnes déplacées varie selon les sources entre 110.000 et 140.000 personnes. Nous retiendrons le chiffre de 120.00 qui est le plus souvent cité dans la littérature et par Milton EISENHOWER lui-même dans l’extrait de sa lettre ci-dessus.

     

    62% des évacués étaient des Nisei, des américains d’origine Japonaise de seconde génération, et des Sansei, des américano-japonais de troisième génération. Ces personnes étaient donc nées aux USA et avaient la nationalité américaine. Les 38% restant étaient Issei, des japonais de 1ère génération ayant obtenu la nationalité américaine et les des Japonais résidents aux USA mais n’ayant pas obtenu la nationalité.

     

    Centre de relocation de Jerome, Arkansas

    Il est important à ce stade de faire une distinction entre ces personnes évacuées et les Japonais vivant aux USA n’ayant pas obtenu la nationalité américaine et reconnus coupable (après un jugement) d’activités dangereuses pour la sécurité de l’état. Ces derniers étaient internés dans des centre ne  dépendant pas du WRA mais du Département de la Justice. Leur statut n’était pas le même puisqu’ils étaient prisonniers.

     

    De même, les américains d’origine japonaise, ou quelque soit leur origine d’ailleurs, étaient traduits devant un tribunal, et jugés pour traîtrise.

    Nous voyons donc que les évacués d’origine japonaise vers les centres de relocation n’avaient commis comme unique faute,  que d’avoir un ascendant japonais.

     

    Les centres de relocation étaient donc sous administration publique, sous le contrôle du War Relocation Authority. Cette administration était responsable de procurer aux personnes évacuées tout ce dont elles avaient besoin .

     

    L’extérieur du centre était quant à lui gardé par un détachement de police militaire. Ce détachement pouvait être appelé à l’intérieur du camp en cas de besoin, mais sans appel du responsable interne du camp, il ne pouvait y entrer.

     

    Exhibition de baseball pro à Lake Tule

    Les évacués ne pouvaient sortir du camp sauf autorisation, par exemple pour se rendre au travail. En effet, le WRA fournissait du travail en dehors des camps, dans des villes proches, dans des usines ou autre. Des entreprises vinrent s’installer dans ou à proximité des centres de relocation et fournirent de l’emploi aux évacués.

     

    Evacués servant comme pompier au centre de Poston. Ils examinent des extincteurs de provenance militaire

    Les évacués eurent l’occasion également de trouver de l’emploi au sein de l’administration des centres en fonction de leur compétence, entretien des baraquements, réfection des routes, plomberie. Il y a d’autres exemples, dans les services médicaux, le service d’incendie (voir photo), et même dans la police. Nous l’avons vu, l’enceinte était gardée par l’armée mais la sécurité intérieure était assurée par des évacués entrant dans les forces de l’ordre (leur chef restait cependant un blanc). Les salaires étaient les suivants, par semaine, un apprenti gagnait 12$, un employé 16$ et une personne à responsabilité ou ayant un travail pénible 19$. Ce n’était pas une fortune.

     

    De même, des magasins privés s’installèrent dans l’enceinte des centres, les évacués y trouvèrent bien-sûr de l’emploi, mais aussi des fournitures que le WRA ne fournissait pas. En effet le WRA fournissait 3 repas par jour par personne. L’armée fournit des biens comme des couvertures et chaque camp disposait d’un centre de la croix rouge pour venir en aide à ceux qui le demandaient.

     

    En plus de cela, le WRA devait assurer un enseignement secondaire conforme aux standards en vigueur à l’époque. Pour faire des études supérieures, les jeunes pouvaient quitter le camp mais pour étudier dans des zones non restreintes. Le WRA fournissait également des soins médicaux équivalant à ce qui se trouvait ailleurs aux USA

     

    En plus de tout cela, des loisirs étaient organisés. L’un des sports les plus pratiqués fut le Basket, nécessitant peu d’infrastructure, ce sport devint vite un rendez-vous dominical pour les évacués.
    Des rencontres furent régulièrement organisée contre les équipes scolaires des villes les plus proches. Il y eut même des matchs de baseball d’exhibition  par des équipes pro, les Japonais étaient (et sont toujours) de grand fan de baseball.

     

    Des infrastructures étaient également développées pour la pratique des cultes. Le plus souvent il s’agissait du culte catholique ou du bouddhisme.

     

    Un logement était attribué à chaque famille. Le camp était divisé en bloc de 36 baraques, chaque baraque était divisée par des parois laissant un espace d’un peu moins de 50 m² par famille. Sachant que les familles étaient en moyenne composée de 4 à 6 personnes, ce n’est pas extraordinaire. De plus les parois n’atteignaient pas le faîte du baraquement ce qui ne laissait que peu d’intimité aux gens.
    Chaque logement était également pourvu d’un poêle.

     

    Les baraquements n’étaient pas équipés en sanitaires. Chaque bloc avaient un mess et des sanitaires commun. Chaque bloc rassemblait en moyenne 250 personnes.

     

    Un députation fut mise en place au sein des centres

    pour représenter les évacués auprès du WRA.

     

    On le voit donc, les conditions de vie de ces personnes étaient loin d’être comparables avec ce que les Allemands appliquèrent comme traitement dans leurs camps d’extermination, ou même de travail.

     

    Mais tout n’était pas rose et violette. Il fallait penser à faire des réserves de nourriture continuellement et à ne pas perdre ses biens à l’extérieur du camp.

     

    En effet, certains évacués étaient propriétaires, cultivateurs, commerçants. Le WRA les aida à garder leur bien en sous-traitant l’activité commerciale. Tout spécialement pour ceux ayant un rapport avec l’effort de guerre.

     

    Mais pour beaucoup, il fallu redémarrer de zéro lorsqu’ils furent relâchés.

     

    Accepteriez-vous de tout quitter pour vivre avec votre famille dans 50 m² pour le bien du pays ?

     

    442ème RCT Honor Guard

    Surtout qu’en l’occurrence, c’est plus par racisme que pour d’autres raisons que les américano-japonais des territoires de l’Ouest furent internés.

    442ème RCB Novembre 44

    Par exemple, les orphelins, même métisses, furent tous internés, des enfants n’ayant jamais mis les pieds au Japon et n’ayant jamais eu contact avec la culture de ce pays. Dés lors, l’argument comme quoi la dévotion à l’Empereur était enseignée dés le plus jeune âge au Japon, et que les Issei en étaient emprunts et avaient pu communiquer cela aux Nikkei et autres ne tient pas.

     

    De même les 140.000 japonais vivant à Hawaï, qui contrairement à la côte Ouest fut attaqué, ne furent jamais ennuyés.

     

    Néanmoins, les évacués acceptèrent cette situation avec beaucoup de stoïcisme. Aucun incident de révolte ne fut enregistré. Ils étaient tous soucieux de montrer leur loyauté aux USA.

     

    Pour ce faire nombreux furent les jeunes  qui s’engagèrent dans l’US Army. Ils furent regroupés dans le 442ème  regimental combat team. Cet article n’a pas pour but  de parler de ce régiment, mais il me semble indispensable de l’évoquer. Le 442ème fut déployé sur le front européen. Durant son engagement, il devint l’unité la plus décorée de l’armée des USA, avec pas moins de 21 médailles d’honneur, 52 distinguished service cross, 1 distinguished service medal, 560 silver star, 4000 bronze star et …9486 purple heart. L’unité utilisa 314% de son effectif. En faut-il plus pour montrer la détermination de ces hommes ?

     

    Pour en revenir aux centres, en juillet 1945, les restrictions géographiques furent levées et les internés purent quitter les camps. On leur donna 25$ et une ticket de train. La majorité retourna dans les zones d’où elles avaient étés exclues.

     

    Le Gouverneur du Colorado, Ralph CARR, fut le seul homme politique de l’époque a présenter des excuses officielles aux japonais, et cela lui coûta sa réélection mais la communauté japonaise le salue encore aujourd’hui. Dans les années 60, suivant le mouvement de l’époque, le jeunesse commença à vouloir obtenir des excuses.

     

    En 76, le Président Ford déclara que l’internement des Japonais était « mal ». En 83, une commission d’enquête admit que les relocations étaient plus basées sur des préjugés raciaux que sur des besoins militaires.

     

    En 88, le Président Reagan octroya 20.000$ de compensation aux survivants à être payés sur 10 ans. Les premiers paiements arrivèrent sous l’administration du Président BUSH (père) accompagné d’une lettre d’excuse du Président.

     

    Bibliographie.

     

    http://www.mission-base.com/manzanar/history/origins.html

    http://en.wikipedia.org/

    http://www.cnrtl.fr/lexicographie

    http://historymatters.gmu.edu/d/5154/http://www.sfmuseum.org
    Bonus La neige tombe sur les Cèdres.